Ce n’était pas notre monde, pas notre rythme, pas notre niveau. Et pourtant, on y a trouvé notre place : dans les traces des futurs guides, entre glaciers, apprentissage, rires et Amitié.
Automne 2024, coup de fil de Manu: « en tant qu’expert au cours de guide, je peux amener deux clients comme cobayes, ça vous dirait ? » euh… comment te dire ?? T’es sérieux ? Ben un peu que ça nous dirait ! Bye bye la semaine à Senja, on change de plans et on part pour les Grisons !
Plus ça approchait et plus je me disais que je n’aurais jamais dû accepter, que j’étais beaucoup trop nulle pour suivre ces gars en montagne, que si ça se trouve j’allais leur faire louper leur module, bref, une de ces crises de doute dont j’ai le brevet exclusif !
Heureusement, en faisant connaissance d’Émilie, Johann, Cédric et Luc, une grande partie de mes angoisses s’évaporent. Ils sont super adorables et les rires fusent lors de notre première soirée ensemble dans un hôtel pas désagréable de St-Moritz. Manu est évidemment aussi de la partie et on le connaît depuis assez longtemps pour savoir que c’est pas le genre de gars à insuffler du stress inutile. Le chef technique s’appelle Ueli, toute la semaine il va naviguer d’une classe à l’autre à la vitesse de l’éclair, ce qui lui laissera tout de même le temps d’apprendre le prénom de tous les cobayes par coeur alors même qu’il nous a croisé 3x 10 minutes dans la semaine. La classe.
Dimanche, premier jour de ski
Dimanche matin, grâce mat et petit déj royal à 6h30 puis on se déplace jusqu’à la Diavolezza où le téléphérique nous propulse jusqu’à près de 3000 mètres d’altitude.
La descente sur le glacier est désagréable, mais dès qu’on met les peaux et qu’on commence à traverser, c’est vraiment chouette. Il ne fait pas super beau mais il n’y a pas de vent, Johann est devant et marche à un super rythme, c’est top. Après le plat on fait une petite pause pour boire et manger un truc et on commence à monter. Alors là ça se corse … je souffle fort, je sens que je ne suis presque pas allé en altitude cette saison. J’essaie de m’accrocher au max et de ne pas (trop) faire mon boulet. On arrive d’abord à un petit sommet qui s’appelle Gemsfreiheit, puis on continue sur l’arête de Fortezza tant qu’elle est neigeuse et on s’arrête au début des rochers. Cela va nous permettre de faire une super descente sur le glacier de Morteratsch avant de remonter la moraine pour rejoindre la cabane Boval. Le soir, Émilie nous fait une leçon sur la gestion de groupe et la prise de décision, c’est super intéressant.












Piz Mandra
Départ à 5h30 de la cabane, on a tout juste pas besoin de frontale. Le temps est magnifique ce matin, on marche bien tranquillement et j’arrive à suivre.
C’est marrant de se balader dans des coins qu’on ne connait pas ou mal. En Valais, je connais le nom de pas mal de montagnes, parfois j’y suis allée et même si ce n’est pas le cas, je connais leur principales voies d’ascension. Mais là alors, aucune idée ! Mais vraiment ! Et y a de sacrés beaux sommets, il faudra que j’étudie cela plus en détail au calme.
Arrivés sur la ligne de crête, on fait une petite pause puis on enlève les skis et on continue à pieds sur une arête avec quelques rochers pour arriver au Piz Mandra.
Luc nous fait une leçon de technique de ski vraiment chouette. Il n’avait pas des heures à dispo, mais en quelques phrases il a réussi à nous donner des tuyaux auxquels on a finalement pensé toute la semaine et qu’on gardera dans un coin de notre tête.
Malheureusement, on arrive bien trop rapidement à la fin de la neige.. il faut mettre les skis sur le sac et descendre à Morteratsch. C’est pas ultra long et le temps passe vite quand on est avec des gens sympas, on a plein de trucs à se raconter et beaucoup de choses à apprendre (pour nous, hein..)
On arrive à Morteratsch et le train nous passe sous le nez, mais Luc avait laissé son bus sur le parking.. de toute la semaine, je n’ai rien compris au mic mac qu’on a fait avec ces bagnoles, j’ai laissé tombé. En tous cas ça a marché et on a toujours eu un véhicule ou un train pour se déplacer.
On remonte à Diavolezza où nous aurons le luxe de prendre une douche.
Après il faut se motiver pour ressortir faire des mouflages avec Jo. J’ai super pas de motiv’ mais je me fais prendre au jeu et je suis vraiment scotchée par les explication de Johann. C’est la meilleure leçon de mouflage que j’ai eu, un vrai cours magistral. Finalement j’ai aussi voulu essayer, et Pål aussi, si bien que quand on a fini c’était déjà l’heure de l’apéro.
Demain sera une grande et belle journée, je vais me coucher avec un mélange d’excitation et d’appréhension.














Piz Palü
Réveil 2h50 – P’tit déj 3h00 – Départ 3h30. On aura tous appris ce jour-là que 30 minutes entre le déjeuner et le départ, c’est trop peu pour un intestin normalement constitué 😜.
La descente sur le glacier est belle dure, beurk, je suis bien contente d’arriver au plat et de mettre les peaux. On commence notre montée, de nuit, à la lueur des frontales, je m’enferme dans ma bulle et on avance bien, lentement mais surement. Les premières lueurs du jour viennent me sortir de ma torpeur, eh mais si c’est beau. Je ne me lasserais jamais de ces instants, ça vaut tous les levés au milieu de la nuit et tous les intestins détraqués du monde.
Ueli était venu avec nous ce matin, mais tout à coup il nous dépasse: « Ciao les gars, bonne fin de semaine » on verra par la suite qu’il aura traversé tous les Palü sans enlever ses skis puis continué jusqu’au sommet de la Bernina pour rejoindre une autre classe… un extraterrestre le gars.
Bon c’est pas tout ça, nous aussi on arrive au petit col où, comme toute personne normalement constituée, nous enlevons nos skis et mettons les crampons pour attaquer l’arête. Johann me prend à sa corde et on y va, les conditions sont topissimes et je suis trop contente d’être là. On arrive au premier sommet puis au second, le sommet principal. Johann fait un encrage avec ses skis et nous mouline sur 60m dans la face sud. Après on peut recommencer à skier, c’est vraiment chouette.
Quelle descente mes amis ! Un moment de glisse magique où chaque virage était un instant de pur plaisir. C’était une de ces descentes dont on se rappelle toute sa vie.
Il arrive inévitablement le moment où la neige devient moins bonne. Et là en prime, on arrive dans un espèce de cirque avec de vieilles cascades de glace en train de se fendre en deux, ça ne donne pas trop envie de faire de vieux os par ici. Cédric nous mouline en bas quelques mètres et on fiche le camp.
Quand on me montre la remontée vers la gare, je crois à une mauvaise blague.. Elle est genre à mille kilomètres !! J’essaie de me remettre de cette nouvelle catastrophique (lol) quand on passe à côté d’un bassin d’eau gelée et cristalline …. suivez mon regard ! Pål et Émilie sont aussi motivés pour aller faire un plouf… ça fait trop du bien. Après ça, la gare ne me paraît plus si loin, d’autant plus qu’une bonne âme me prendra mes skis pour la montée (comme souvent cette semaine, je suis pourrie gâtée… on s’y habituerait presque).





















Piz Cambrena
Un autre sommet emblématique du coin, je me réjouissais d’y aller. L’équipe à prévu de faire également une traversée et de descendre sur le col de la Bernina. La descente à l’air un peu raide mais bon, s’ils disent qu’on peut y aller, ils savent ce qu’ils font.
On a tiré les leçons de la veille et on part 15 minutes plus tard, c’est le quart d’heure qui change tout. La descente par contre, c’est la pire des trois, les conditions se détériorent chaque jour pour rejoindre ce foutu glacier.
La remontée est cool, ça va tout seul. On arrive en bas d’un grand couloir qu’on va remonter à pieds. Certaines personnes vont faire du step au fitness, moi je n’ai qu’à suivre Luc ! Je ne souffre pas du tout et j’entends même pas ma respiration, ce qui est assez rare pour être souligné. Au sommet du couloir on remet les skis et on doit faire une traversée et une conversion au dessus d’une barre de séracs, j’ai eu méchamment les boules. Après c’est que du bonheur jusqu’au sommet, trop chouette. On a aussi une magnifique vue sur notre course de la veille.
On est trop tôt au sommet. Purée, je crois bien que c’est la première fois de ma vie que ça m’arrive, j’ai plutôt l’habitude de courir après le temps perdu. Cédric en profite pour nous expliquer les différentes techniques pour assurer une personne en skis de pente raide, techniques que nous avons tout loisirs d’exercer sur une petite pente pas exposée sous le sommet. Après ce tour de chauffe, on part dans la vraie pente. C’est trop beau. Il y a un petit verrou à passer, pas large, bien raide et sur mon mauvais pieds. Jo m’aide et ça ne va pas trop mal, ensuite on est vite en bas du passage raide. Et comme la veille, on se fait super plaisir dans la descente, même si pour la démo de ski synchronisé, y a encore un peu de travail, ça ne ressemblait à rien !
Dernière soirée à Diavolezza, même s’il nous reste une journée de ski demain, tout le monde est bien détendu et on rigole bien en dégustant un moelleux au chocolat du tonnerre.













Sassal Mason (Saas Almagell pour ceux qui ont de la peine à se rappeler des noms)
La journée commence par une grâce mat jusqu’à 3h50, c’était vraiment jouissif quand j’ai entendu les autres se lever à 2h50 et que j’ai réalisé que j’avais encore une heure pour dormir. Et surtout ce matin, juhuuuuu, on descend par la piste, toute belle damée et sans cailloux (alors qu’on m’avait promis une séance de PowerPlate, je suis déçue), non mais que demande le peuple ?
On monte au col de la Bernina en voiture et on peaute au lac. Toute la semaine, on a appelé ce sommet Saas Almagell, c’était plus sympa 😜. Bon finalement, au col, on choisira le sommet de droite, sans nom sur la carte, qu’on a donc baptisé Saas Fee, soyons logiques.
Une fois de plus la descente était dingo. Probablement que c’est lassant pour vous de lire ça, mais pour nous c’était incroyable à vivre. A 9h30 on est à la voiture, prêts à aller se faire péter la panse dans l’excellente boulangerie de Pontresina.
Difficile de quitter ces personnes magnifiques après une semaine aussi dense. On repart les jambes un peu fatiguées, le cœur bien rempli, et la tête pleine d’images et de fous rires.
On a toujours admiré le métier de guide, mais maintenant qu’on a eu un aperçu — même modeste — de la formation qu’il faut traverser pour y arriver, cette admiration s’est encore renforcée. Ces quatre-là ont toutes les cartes en main pour aller au bout : motivation, compétences, et une belle dose d’humilité.
Émilie, Cédric, Johann, Luc… et toi aussi, Manu : merci pour cette aventure unique. Une semaine comme ça, ça ne s’oublie pas.












Photos: E. Wicki, J. Egger, L. Bourban, C. Dorsaz, E. Troillet