Nadelgrat

Y a des projets qu’on a dans la tête pendant des années, c’était le cas pour cette Nadelgrat. Certaines années, ça n’était pas en conditions, parfois je n’ai pas eu de place à la cabane, ou personne pour m’accompagner. Ce week-end Pål est dispo, j’ai deux places à Bordier, les conditions sont bonnes et ils annoncent grand beau pour tout le week-end. Et pourtant je cherche toutes les excuses possibles et imaginables pour ne pas y aller ! « Il va faire trop chaud », « j’ai mal à la hanche », « et pis si il n’y a pas de regel ça va être horrible »

Pål est surmotivé comme d’hab, on prépare nos sacs et on prend le bus pour Gasenried. Quoi qu’il arrive, on a décidé de passer une deuxième nuit à Mischabelhütte, ça enlève déjà la pression de devoir retourner dans la vallée le jour même et ça fait du bien.

On prend tout notre temps pour monter à Bordier. Par définition je ne suis jamais rapide pour ces montées en cabane, mais encore moins quand c’est la veille d’une grosse course. Je me refuse d’être essoufflée, je veux garder toute mon énergie pour le jour J. Donc toutes les excuses sont bonnes pour faire des pauses, regarder les marmottes, faire des photos, boire une goutte, observer les bouquetins. On était jamais venus par là, c’est super joli.

La cabane est pleine comme un oeuf, 8 cordées sont en partance pour la Nadelgrat. Je suis tendue comme un string, heureusement qu’on rigole bien à table, ça me détend un peu. On règle le réveil à 1h55 et on va se coucher.

J’ai peu dormi, mais plutôt bien. J’avale péniblement une tartine et on se met en route. J’adore marcher de nuit, on ne voit pas le temps passer je trouve. On s’arrête pour mettre nos crampons et on file sur le glacier. Le regel est correct, tout va bien. Aux premières lueurs du jour, je vois ce couloir de la Selle se dresser devant moi et je suis prise de nausées. J’ai une monstre boule au ventre quand je vois le truc, j’ai l’impression que c’est vertical. J’essaie bien de tenter une négociation « on pourrait faire l’Ulrichshorn et descendre, non ? » mais je ne suis pas convaincante. Au fond de moi je sais qu’aujourd’hui c’est la bonne, j’ai juste besoin que Pål me dise « arrête tes conneries, tout va bien se passer ».

On raccourcit l’encordement et on part dans le couloir. On a pris un deuxième piolet, je suis bien contente. Quand je me retourne la première fois, on doit déjà être à la moitié, c’est super efficace. On essaie de ne pas trop trainer, le soleil à atteint le haut et on commence à se prendre quelques cailloux. On est sur l’arête, maintenant, la seule porte de sortie, c’est la voie normale du Nadelhorn à 4km de là. Haut les coeurs, c’est parti !

Le premier sommet est le Dirruhorn. Le rocher est mauvais et ça n’avance pas vite. Il faut se mettre dans le bain, s’habituer au vide et à grimper en crampons. Il faut laisser à la tête le temps de s’habituer à prendre des risques inutiles aussi. On arrive au sommet en même temps qu’une cordée de suisses-allemands super sympas. La descente sur le Dirrujoch est du même acabit, le rocher est vraiment dégeu.

On remonte une belle arête neigeuse avant d’attaquer le dernier morceau du Hohberghorn. Là c’est super cool. C’est un poil plus solide, ça grimpe bien et j’ai du plaisir. On voit une cordée évoluer sur la face nord de l’Hohberghorn, ça a l’air magnifique. Dans la descente, on voit que la neige commence à tourner, on enfonce de plus en plus. On fait une mini pause, on n’a pas faim mais on se force à manger un peu. Nos quelques tranches de viande séchée avalées, on reprend notre marche en direction du Stecknadelhorn, toujours accompagné de notre cordée de suisses-allemands, Fabienne et Stefan, avec qui on aura finalement partagé toute la course.

Au sommet du Steck, je commence à sourire. Je reste concentrée, mais il me semble bien qu’on arrivera à cette foutue Mischabelhütte. On grimpe encore le joli gendarme avant le Nadelhorn, certainement le plus beau passage de grimpe de l’arête, avant de rejoindre la voie normale. On fait l’impasse sur le sommet du Nadelhorn où nous sommes déjà allé et où nous retournerons certainement. La descente jusqu’au Windjoch est efficace, la trace est béton et ça déroule. Au col. nous faisons corde commune avec Fabienne et Stefan pour traverser le glacier. On enfonce à chaque pas, on est raides, j’ai la même démarche qu’un soûlon à la sortie du MAD.

Apérooooooo ! Mais quel bonheur d’arriver à cette cabane, d’enlever ces godasses, de mettre un short et de boire une panaché au soleil en se remémorant la course. « C’était trop bien ! » oubliés le rocher pourri, les cloques, la fatigue. L’esprit humain est quand même bien fait.

Le lendemain matin, on descend à Saas Fee prendre le bus qui nous ramènera dans la vallée et on aura tout le temps du trajet pour échafauder de nouveaux projets !

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