Cours Chef de course Hiver 2 dans les Bernoises

Mais comment voulez-vous que je résume une semaine pareille sur un pauvre billet de blog ??? Je ne savais pas comment entamer ce récit, alors j’ai fait comme là-haut: j’ai demandé de l’aide à mes compagnons de cordée. Et comme là-haut, ils ont répondu présents.

Voyage intérieur en terrain alpin. – par Fanny

Quelques jours passés en haute montagne, dans cet environnement dominé par les éléments qui lui sont propres : les glaciers avec leurs corollaires que sont les crevasses et les séracs, la neige sous toutes ses coutures – dure, douce, cassante, bruyante, tendre, emballante – et les pics, faces et arêtes rocheuses – le minéral composé d’une diversité insoupçonnée de minéraux et d’arrangements élémentaires régis, entres autres, par la gravité ; Et bien sûr, bien que plus rare à cette altitude, le vivant : la synergie brillante des lichens, la végétation précaire dotée de stratégies de résistances efficaces. Les fleurs alpines, les mousses et les quelques petites touffes de graminées enracinées dans un semblant de sol qui se développe. 

La haute montagne c’est un environnement puissant qui exacerbent nos fragilités d’humains. Elle nous met face à nous-même d’abord, puis face à nos partenaires du moment. Le lien créé par la corde oblige à accepter un engagement avec les autres compagnons encordés. Un échange se crée, un lien se forme, une harmonie cherche à s’établir, pas toujours facilement acquise. La qualité de la cordée commence avec la capacité de résonner avec l’autre ! Résonner ! Extérieurement et intérieurement ! 

La cordée en montagne est une expérience qui nous confronte à nos états-âmes et nous permet d’évoluer sur le chemin des cimes de notre expérience vivante avec ses hauts, ses bas, ses contours, ses détours, ses pauses, ses sprints, sa cacophonie mais surtout ses silences précieux ! Là ou rien n’a besoin d’être dit, ce moment éternel de contemplation au cœur de ce milieu enivrant en partage avec l’autre… les autres. 

Cette recherche d’harmonie avec le milieu montagneux est inconsciemment ce qui nous poussent à arpenter ces versants. Car il nous inspire, il est notre maître, et non pas le contraire. Posé là, sans jugement, sans attachement aucun, les montagnes, la nature et le vivant nous rappellent d’où nous venons et qui nous sommes… Une étincelle du vivant prenant une forme physique impermanente…et fragile ! La montagne est tout autant impermanente et fragile que nous ; naïfs mais cependant brillants humains que nous sommes ! 

Ces quelques jours là-haut avec cette équipe, hé bien ! ça m’a mise face à certains de mes démons ! mes compagnons du moment m’ont révélé des parts d’ombres, Ils les ont doucement posées devant mes yeux, avec amour et patience, et parfois aussi un peu plus d’ardeur lorsque je ne voulais pas voir. Mais le fait de savoir regarder ce miroir que nous renvoient les autres est clairement une porte vers un sommet… intérieur ! 

De la même façon que nous portons nos sacs à dos en montagne, qui sont indispensables et nous pèsent plus ou moins selon la charge, le jour ou la forme, nous portons ce que nous sommes – notre personnalité, nos parts d’ombres et de lumières ; C’est un tout ! L’un ne vient pas sans l’autre. 

Ce chemin partagé dans les montagnes a fait de moi une meilleure personne, du moins je l’espère ! Et cela, c’est bien grâce à vous – qui sachez qui vous êtes ! Merci… Recevez ma gratitude.


Le rendez-vous était donné le samedi après-midi à Grindelwald. Dans le train du Valais, c’est déjà la grosse déconnade et les fous-rires qui prédominent. Fanny, à qui je livre mon appréhension pour cette semaine, me répond du tac au tac « mais que dalle, tu vas passer une semaine en montagne avec des gens qui partagent la même passion, tu veux quoi de plus ? » Ouai en fait, c’est vrai que vu comme ça ….

On est 12 pour ce cours, encadrés par trois guides. Les suisse-allemands, bons petits soldats, sont tous arrivés avec l’uniforme de perruches des chefs de course du CAS, on ne peut pas les louper. On nous laisse nous débrouiller pour faire les classes, en fonction de la langue et des affinités. Et c’est tout naturellement que je me retrouve avec Sarah et Fanny, mes deux cops valaisannes, et Thomas, avec qui j’étais déjà dans la même classe lors du cours 1 au Simplon.

Quant à note chef de classe, Antoine, j’avais déjà brièvement croisé sa route aux Salbitschijen, mais je ne le connais pas plus que ça. Je vais faire la rencontre d’un grand professionnel, humain, sérieux sans être chiant, psychiatre à ses heures perdues et passionné par la Palanche de la Cretta. Un grand bonhomme. « C’est pas l’académie du mouflage ici, l’important c’est que ça marche ». Le jour où il m’a sorti cette phrase, on est devenu amis pour la vie ;-P

Avant toute chose, je tiens à préciser que même si on appelle communément cette magnifique région « les Bernoises », nous somme ici en territoire valaisan. Nos amis du Haut l’appelle d’ailleurs, à raison, Walliseroberland.

Jour 1: on prend les installations flambant neuves qui nous propulsent en quelques minutes à la station d’Eigergletscher puis le train pour le Jungfraujoch, où on nous envoie visiter la grotte de glace et on fait les cons, déjà.

La suite de la journée sera à peine plus studieuse, avec un double contrôle DVA à la sortie sur le glacier, la montée à la Monchjochhütte, une petite redescente derrière, puis la courte montée au Walcherhorn où l’on profite d’une vue incroyable sur mon fantasme ultime: l’Eiger et son arête Mitteleggi.

La descente sur l’Ewigschneefeld est un peu poussive, mais le cadre est tellement grandiose que j’arbore mon sourire béat des grands jours. Même la montée des escaliers de la cabane Konkordia n’arrive pas à me l’effacer.

Jour 2: Départ pour le Wyssnollen ce matin. Ça pique lorsque le réveil sonne à 4h45, mais la vue du clair de lune sur la Konkordiaplatz me fait oublier le dortoir qui pue les pieds (déjà, ça promet !), la promiscuité et le café soluble.

La descente des 471 marches d’escalier (merci Sarah pour le comptage) achève de nous réveiller. On monte jusqu’à la Grünhornlücke avec la vue sur l’arête du Wyssnollen que l’on observe attentivement. Déjà depuis en bas ça a l’air bof, mais en montant on confirme notre première impression. Le rocher ne tient pas, je monte en premier avec 9 personnes derrière et je crève de trouille de leur balancer des péleux gros comme des enclumes sur la tronche. On finit par monter dans la neige jusqu’à une espèce d’épaule où l’on décide sagement de redescendre. Le haut est vraiment bien raide et gelé, on descend le long d’une corde fixe avant d’aligner quelques jolis virages.

On fait quelques mouflages dans une gonfle avant de remonter à Konkordia pour le meilleur moment de la journée: l’apéro.

Jour 3: descente des escaliers, remontée du Grüneggfirn et bifurcation à gauche en direction du Grünegghorn. Le deuxième groupe de romands est aussi avec nous, ils n’arrêtent pas de s’engueuler et ça me met les nerfs en pelote. J’essaie tant mal que bien de faire abstraction, c’est pas tout facile. A l’approche de l’arête, Antoine sonne le rappel des troupes, tout le monde redescend. On n’a pas tout compris, mais on obtempère évidemment. La descente pour le coup est génialissime, orientée nord à cette altitude, il y a encore de la poudre. C’est beau ça !

On remonte pour la derrière fois c’est pu——ains d’escaliers, en faisant une pause sur chaque plateforme. Mauvaise journée pour ma part, je vais m’allonger et écouter de la musique dans le dortoir, j’ai juste besoin d’être seule.

Quand je refais surface à la civilisation, je vais beaucoup mieux et le souper sera l’occasion du plus beau et gros fou rire du séjour, sur un quiproquo qu’il serait vain d’essayer d’expliquer ici mais sachez seulement que la Cabane à Dry, c’est l’endroit où on peut tirer des coups.

Jour 4: Mal dormi. La présence d’un Conseiller d’Etat dans la cabane et ma haute estime de sa fonction et de sa personne m’ont obligé à me rhabiller pour aller aux toilettes au milieu de la nuit de peur de le croiser. Du coup, j’étais mega réveillée et prête à partir à 2 heures du mat.

Enfin 4h45 et le doux son libérateur du réveil de l’IPhone. Tout le monde debout, c’est parti. J’ai la pêche. C’est trop génial d’être là avec c’t’équipe. Surtout qu’aujourd’hui, on est tout seuls. Je veux dire, tout seuls les 5, sans un autre groupe dans le secteur. C’est beau et reposant.

On monte en direction du Kranzberg, en se faisant un peu chier sur la moraine ultra glacée, mais après c’est que du bonheur.

Cette petite excursion aura rendu la longue montée à Hollandia un peu moins monotone. L’après-midi est consacrée au sauvetage en crevasse. Dans une vraie crevasse. Histoire de nous montrer que ce qu’on a bricolé dans des gonfle en neige n’est que du pipeau.

Les guides nous installent des cordes pour exercer l’auto-sauvetage. Je décide d’y aller avec Fanny, mais en arrivant au bord de la lèvre de la crevasse et en voyant le vide sous mes fesses, je fais une crise de panique. Fanny est trop géniale « Vas-y Poulette, moi aussi j’avais peur mais une fois que t’es pendue dedans ça va ! » à force d’encouragements je me fais mouliner plus bas. Je crève toujours de trouille, mais la présence rassurante de ma copine à mes côtés me permet gentiment de reprendre mes esprits. Une fois fais abstraction de se qui nous entoure, je pense même pas trop m’avancer en disant qu’on a été assez efficaces à la manœuvre. Mettre les crampons, détacher le piolet, faire pendre le sac, minimoufle, micro-traction sur le pontet, défaire la réserve, enlever le minimoufle, passer la corde dans le tibloc, remonter ! Avec ce système le passage de la lèvre était relativement aisé.

Je sors de là et je décompense grave, purée, les boules que j’ai eu.

Jour 5: Antoine et sa cheville bionique déclarent forfait pour la journée. On nous laisse aller les 4 à l’Äbni Flue, comme des grands. Frank, un biennois très sympa décide de se joindre à nous et Sarah, qui a déjà fait la course, nous guide pour la montée. Evidemment, on ne peut pas s’empêcher de discuter ses décisions et le ton monte un peu, on essaie de tempérer le tout et de se rappeler la chance qu’on a d’être ici. Les photos de notre bonheur au sommet montrent sans doutes que ce n’est pas parce qu’on s’engueule qu’on ne s’aime pas !

Le soir nous recevons nos qualifications et notre beau badge bleu à coudre sur notre veste de perruche. Je déconne. On reçoit le droit d’être sérieux, responsable et digne de confiance. Ça me rappelle le jour où j’ai réussi mon permis de conduire et que mon Papa m’a dit quelque chose comme « c’est à partir de maintenant que tu as quelques chose à prouver ».

Jour 6: en remplacement de la journée précédente, alors que le cours est officiellement terminé, Antoine nous emmène au Mittaghorn. On est sur la petite arête rocheuse, je suis encordée avec Fanny, Sarah et Thomas sont devant. On se fait dépasser par des tarés d’éliskieurs sans crampons et sans cordes. On ne voit pas Antoine mais on l’entend: « laissez passer ces trous-du—- ! » Une fois ces abrutis devant, la reste de la journée ne sera que pur bonheur. Je m’éclate sur cette belle arête neigeuse et la descente sur le glacier est génialissime. On n’arrive même à prendre un bus plus tôt que prévu, ce qui rapproche la douche salvatrice de deux heures. Mais ça si c’est pas beau.

Fanny a été bien plus prolifique que moi pour ce qui s’agit d’exprimer ces sentiments sur cette semaine ultra-intense. La montagne rapproche tellement. Vous me manquez déjà. Merci.

Crédit photos: S. Udriot, T. Gabriel, A. Brenzikofer, F. Viret et mescolles

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