Zucchero

En juin 2013 j’ai eu la chance de participer à un cours du CAS à Orny avec Pierre Darbellay et Richard Michellod, qui étaient en train d’équiper cette voie sur le versant italien du Grand Saint-Bernard. Ils nous en avaient longuement parlé et à les entendre, la voie avait l’air super. A la fin de l’été 2013, j’avais convaincu Pål d’aller y faire un tour. Malheureusement (ou heureusement avec le recul), la sortie s’était achevée avant même de sortir de la voiture tant le temps était exécrable.

Finalement cinq ans plus tard, le dessin de Richard dans la poche, nous décidons de profiter d’une de ces belles journée de septembre pour tenter à nouveau notre chance. Le mauvais est annoncé pour l’après-midi, raison pour laquelle nous avons décidé de partir tôt. Bon, quand le réveil à sonné à 4h30, j’ai quand même eu un instant de doute… faut quand même pas avoir la lumière à tous les étages pour faire de la montagne …

Bref, 6h30, il fait encore sombre quand nous quittons la voiture à la lumière de nos frontales. On devine quand même la direction à suivre grâce à la lune qui éclaire les sommets environnants. La montée jusqu’au premier collu n’est pas évidente, les rochers sont verglacés mais les mottes tiennent bien. Les lumières sont magnifiques, le réveil trop matinal est déjà oublié. On s’équipe et on remonte les gradins facile puis la traversée dans l’herbe. On se plante au départ, je ne sais pas où on a fait l’erreur, mais on se retrouve comme des bobets au départ de la 3ème longueur.. elles étaient où les deux premières ? Mystère … La 3ème longueur est magnifique, le rocher est vraiment spécial. Pål a manqué un spit, évidement je ne manque pas de me moquer un peu de lui. Sauf que quand c’est mon tour, je n’en vois aucun ! Ils sont super durs à voir sur ce rocher. A un moment j’ai posé un friend à moins de 50 cm du spit que je n’avais pas vu … Ca m’apprendra de me moquer des autres ..

J’ai détesté la 4ème longueur, en traversée sur un rasoir, où j’ai coincé la corde sur un béquet. Impossible de la bouger, je me voyait déjà finir ma vie là, sur ce p…ain de rasoir. Après un bonne crise de nerfs et un gros coup de point de rage sur l’écaille, j’ai fini par décoincer ma corde et rejoindre le relais suivant. Nous grimpons en reversible, et quand c’est de nouveau à moi de m’y coller à L6, je n’ai (déjà) plus trop envie. Je me motive comme je peux et j’y vais, et tant mieux ! C’est vraiment une toute belle longueur, j’ai un plaisir fou. La suite est facile jusqu’au premier sommet, la principale difficulté est de trouver l’équipement. D’ailleurs, on a pas trouvé le rappel donc on a désescaladé, mais c’était facile. Et c’est moi qui le dit, donc oui: c’était très très facile.

On arrive déjà au pied du bastion sommital, ça a l’air très chouette. Effectivement, les deux premières longueurs sont géniales, mais j’appréhende la dernière. Sur le papier rien de méchant, mais grâce à ma copine Elise, je sais qu’il y a une brèche à enjamber et j’ai horreur de ça. En fait ça fait depuis le début de la journée que je pense à cette dernière longueur. Pål part en tête et me fait le commentaire en direct: « c’est facile, tu mets ta mains là, ton pied là (Son pied, il l’a mis à 3m50 de là, facile avec ses échasses) et pis tu pivotes » Ouai c’est ça mon bonhomme, tu vas voir comme je vais pivoter ! Pål n’arrive pas à retenir des exclamations de bonheur, pour lui c’est la plus belle longueur du monde et le plus beau rasoir qui existe dans toutes les alpes. « t’as fait une photo ? Tiens, fait une photo là, c’est trop beau ! » Bon heureusement il arrive au sommet, fait un relai et calme sa joie !

Je commence par descendre le rocher avant la brèche sur les fesses, avec toute l’élégance qui me caractérise, puis fixe un point du regard avant de me mettre sur les pieds, je chope cette prise, je chope la prise de pied de Pål en faisant un pas intermédiaire et c’est liquidé ! Reste plus que le rasoir mais ça franchement, après la brèche, c’est du gâteau. On mange une morce au sommet avant de redescendre, le ciel s’est couvert et il commence à faire froid.

La voie est super belle, ce n’est pas une voie aseptisée et blindée de spits. Même si l’itinéraire suit une ligne logique, il faut quand même réfléchir quelques fois et les points sont vraiment difficiles à voir dans la quartzite blanche. Et on est bien contents (enfin surtout moi) d’avoir un petit peu d’expérience en plus qu’il y a cinq ans, je pense que je me serai fait un peu peur. Je crois que je la referai, en essayant de ne pas manquer les deux premières longueurs !

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