Escalade en Jordanie #2

Il y a quatre ans, j’ai eu la chance de découvrir ce magnifique pays en compagnie de ma chère copine Claudia et de notre guide Cédric (le récit est ici). J’avais tellement adoré que j’ai de suite eu envie de revenir avec Pål. Mais vous connaissez la rengaine, Covid, bla bla bla, projets repoussés et repoussés encore. Finalement nous y voilà, après moultes péripéties avec les compagnies aériennes, le 5 novembre nous atterrissons à Amman.

Cédric, son collègue Manu et ses deux clients, Vincent et Mélanie, devaient arriver deux heures avant nous, mais ils ont eu du retard et nous de l’avance, et contre toute attente nous nous sommes retrouvés dans la file de l’immigration. La paperasse liquidée, on trouve notre chauffeur et notre van pour nous emmener au Wadi Rum. Il est 23 heures et on se réjouit de pioncer dans le van, mais après 10 minutes de route, notre chauffeur Salah décide qu’il a faim et on s’arrête tous pour manger une soupe et du poulet dans un bouiboui. La route sera ainsi parsemée de plusieurs arrêts et c’est finalement que vers 4 heures du mat que nous arrivons à Wadi Rum chez Ali et Alyah. Bonne nuit.

Dimanche 6 novembre – Ça floute ma ploute ? Mapsoute ! (oui, c’est le nom de la voie, pour toute réclamation, merci de vous adresser à Simon)

On écarquille les yeux en découvrant les montagnes ce matin. J’ai beau les avoir déjà vues, l’effet et toujours le même. Pål hallucine. Cédric nous dégote une voie pas trop loin du village pour ce premier jour après une courte nuit, une voie ouverte récemment (2017) par son copain Simon et ma copine Marie-Claire.

L’approche est la même que pour Beauty, j’arrive à me repérer un p’tit peu. On commence la première longueur, Cédric ne peut pas poser de protection durant 10-12 m je dirais, et c’est côté 5c/6a … ça met tout de suite dans l’ambiance. Qui dit pas de point, dis pas de tirage de dégaine possible pour les seconds, donc je suis obligée de réfléchir un minimum. Pål s’élance plein d’entrain derrière moi, grimpe de 4 mètres et pète une énorme prise qui lui vaudra une belle chute jusqu’à 50 cm du sol. Bienvenue au Wadi Rum !

Il y a encore un pas avec un rétablissement un peu merdique dans la deuxième longueur, le reste déroule bien et on arrive au sommet. On descend dans Rakhaba Canyon (deux p’tits rappels et désescalade) et on profite d’être là pour parcourir le canyon jusqu’à l’autre bout et revenir.

Le soir on mange sous la tente garage avant d’aller nous coucher sans demander notre reste.

Lundi 7 novembre – Black Magic

On a dormi 10 heures d’affilée sans entendre ni les chiens ni les coqs. Faut croire qu’on était raides. Ce matin on part pour Dark Tower, atteignable à pieds depuis le bled.

Comme souvent, j’ai eu un peu de mal au début mais plus la journée avançait, mieux ça allait. On a laissé nos chaussures et une partie de nos affaires sur la vire à peu près à mi-chemin. Il y a eu ensuite une longueur un peu bizarre avec une traversée, une traversée du genre de celle qui me fait péter les plombs en temps normal. Mais Cédric avait hyper bien protégé les quelques pas, de sorte que si je me plantais, je ne me prenais pas de pendule de la mort. En plus il me disait: « tu mets ta main droite là, ton pied gauche là » et ainsi de suite, si bien que sans que je m’en rende compte, je l’avais rejoins au relai. C’est seulement en voyant Pål passer que j’ai remarqué que j’aurais dû avoir méchamment les boules 😉

Les longueurs finales sont de toute beauté dans un dièdre hyper esthétique.

Le soir même on saute dans un 4×4 qui nous emmène au camp d’Ali dans le désert. Je suis hyper contente de retrouver ce lieu. L’infrastructure s’est nettement développée en 4 ans, mais l’âme est restée la même.

La grande tente et Ali en train d’allumer le feu

Mardi 8 novembre – Purple Haze

On part à pieds depuis le camps pour le Jebel Khazali tout proche. Il fait déjà bien chaud ce matin. Cédric nous montre la ligne du jour, j’ai compris quelques points clés mais franchement de loin, je me demande comment on va bien pouvoir monter là-haut.

Pour Cédric aussi, c’est la première fois qu’il parcoure cette voie. Ce type est un extraterrestre. Comment c’est possible de trouver son chemin dans ce dédale ? Déjà comment il fait pour trouver l’attaque d’une voie non-équipée … Sérieux, ça me dépasse complètement. Mais je suis bêtement, avec un sourire idiot, sauf à l’attaque d’un p’tit passage mal commode où je me demande bien comment je vais passer. Mais en second, avec une bonne petite sangle pour tirer dessus, ça passe crème (comme ils disent ;-))

Ensuite il y a une longueur trop bien, dans une espèce de cheminée (C’est la taille de cheminée top, où tu peux te mettre dedans et quand même arriver à bouger … on verra les jours suivants que ce n’est pas le cas partout). On fait une belle pause au sommet, rejoint par un autre guide et ses deux clients genevois. Je repars la fleur au fusil pour la descente, tellement détendue que j’en oublie la corde au sommet. Je serai quitte pour un petit aller-retour. C’est toujours plus pratique d’avoir une corde dans les rappels ..

On descend par un espèce de canyon, c’est assez long mais ça va bien. Cédric change plusieurs cordelettes aux rappels, y en a qui doivent être là depuis un bout de temps. C’est toujours une aventure en soi, ces descentes.

Mercredi 9 novembre – Le Bal des Chameaux

Départ en 4×4 pour Barrah Canyon ce matin. On dépose Simon et ses clients Anne et Denis au pieds de Merlin, y a déjà une cordée qui a bivouaqué sur place. Nous trois on file 3 minutes plus loin à Arch Tower, où on est tout seuls. Trop bien. La voie tire son nom d’un rocher sur la face qui ressemble à un chameau. Je suis assez d’accord, mais Pål est d’avis que c’est plutôt un colibri. Je vous laisse juges !

La première longueur est dans un gros dièdre cheminée, c’est très chouette. Quand on voit Cédric partir dans la deuxième, je me dis…. pfffff… c’est pas gagné cette histoire. Il est dans une cheminée hyper serrée, il a enlevé son sac qui pendouille maintenant à son baudrier et malgré tout, on s’entend se râper sur les parois. On rigole (jaune) quand il nous dit qu’il y a une basquette au fond de la cheminée, mais c’est au tour de Cédric de perdre un friend, qui se fait la malle à force d’être écrabouillé contre le mur. Ça a l’air génial cette histoire. A mon tour. Super.

Sur les premiers mètres, je me dis: « Ah non finalement ça va, c’est pas si pire … » grave erreur ! Plus on monte , plus c’est serré. Je suis écrasée, pieds et mains écartées dans une position grotesque. Je n’arrive pas à bouger et je tombe. Sauf que vu la configuration je tombe de 10 cm, et avant que la corde ne se tente, c’est l’étroiture du rocher qui me rattrape. Ça fait un bien fou. Vers la fin de la longueur, on peut enfin sortir un peu de la cheminée, c’est trop bon !

Pendant que je grimpais, un touriste français qui passait par là a commencé à taper la discute avec Cédric et Pål. Je crois me souvenir que je lui ai un peu gueulé dessus, genre « vous pouvez pas aller discuter ailleurs ? tu vois pas qu’il m’assure ? » Bref, j’étais un peu sur le nerfs, donc si vous passez par là Monsieur, je vous présente mes plus plates excuses 😉

Pourquoi s’infliger ça me direz-vous ? Eh bien parce qu’il y a la longueur suivante, un bijou de dièdre hyper magnifique, c’est l’extase. Rien que pour cette longueur ça vaut la peine de d’aller se faire broyer dans une cheminée.

On passe un peu de temps au sommet avant de redescendre. Comme souvent il y a quelques pas de désescalade pas protégés. Je me rutsche allègrement sur le cul alors que Pål descend debout, les mains dans les poches. Trois rappels, un pique-nique au soleil, un thé chez le bédouin d’en bas et une petite marche pour retrouver les copains.

10 novembre – Orange Sunshine

Depuis le début de la semaine, Pål a des douleurs à l’épaule que notre petite aventure au Chameau n’a pas arrangé. On décide de faire une journée « off » à l’Arche de Burdah, en montant par la voie « Orange Sunshine ». J’avais déjà fait cette voie lors de mon séjour précédent et j’en garde un excellent souvenir. Déjà, c’est de la dalle, alors pas besoin de mettre les épaules à contribution et en plus, la visite de l’arche mérite le détour.

On a quand même droit à une petite surprise en haut de la voie lorsque on se fait dépasser par un type en free solo. Et attention le mec, c’était pas Honnold hein …. J’ai fermé les yeux et bouché mes oreilles le temps qu’il soit loin de nous, ni envie de le voir ni de l’entendre s’éclater et rebondir sur le rocher. Mais les garçons l’ont regardé et les commentaires n’étaient pas élogieux. Apparemment il posait ces pieds encore plus mal que moi ce qui, vous l’aurez compris, n’est pas un compliment. Bref, le type est vivant, on l’a croisé le lendemain à Wadi Rum. Non mais allô.

Arrivés au sommet de la voie, on a laissé une partie de nos affaires et avons fait l’aller-retour au sommet de Jebel Burdah. Plus c’est haut plus c’est beau ! On est descendu et après le rappel, on est arrivé à l’arche. J’ai traversé avec Pål, je sais maintenant que ce n’est qu’un sale moment à passer, c’est moins pire quand on est dessus que cela laisse présager de loin.

Cédric prend le temps de nous expliquer comment il fait pour se repérer et même si je n’envisage même pas en rêve de venir au Wadi Rum sans guide, c’est des techniques et des p’tits trucs qui sont évidemment applicables partout.

Walid, le fil d’Ali, vient nous chercher en bas de la voie normale (sous le mouchier) et file à Barrah chercher Manu, Vincent et Mélanie (« on se complète bien en grimpe, on est comme le cric et la manivelle » je les adore). Ensuite Cédric prend le volant et on se fait un super tour, on passe au pieds de Nassrani où se trouve la célèbre voie de la Guerre Sainte, impressionnant.

On est de retour au village, ça sens le début de la fin !

11 novembre 2022 – Salim

On part à pieds du village pour cette dernière journée d’escalade. La première longueur, c’est du gâteau, on rigole. On se marre beaucoup moins à l’attaque de la deuxième qui a l’air assez malcommode. Dans le crux, Cédric commente « alors là, tu vas détester … il faut faire une traversée au-dessus du vide, tu vas péter un câble. Je te met des sangles ! » Ça promet.

Je me prépare à en chier. Je ne regarde pas en bas, technique éprouvée au fil des ans. En me focalisant uniquement sur les prises, j’arrive en haut sans trop m’en rendre compte. C’était hyper chouette en fait !

Une fois n’est pas coutume, c’est au tour de Pål d’avoir un jour « sans ». Il nous fait bien marrer quand il utilise la technique de la baleine pour se sortir d’un mauvais pas. Eh mon gars, j’ai l’exclusivité de cette technique normalement !

Après la petite pause d’usage au sommet, on descend par deux rappels (cerveau sur off) et on va se promener aux sources de Laurence d’Arabie et on rentre « à la maison ». J’ai troué au cul 3 pantalons de grimpe (en 6 jours, qui dit mieux ?) et je finirai les vacances avec mon bas de pyjama noir, heureusement que je n’a pas pris celui à fleurs…

Alyah nous a préparé du Mansaf, le plat national jordanien, une tuerie pour qui aime l’agneau. J’en rêve encore.

12-13 novembre – visite de Petra

Il est temps de quitter Wadi Rum, la famille Zalabia et notre ami Cédric. On est triste mais même pas trop, tant on est convaincu qu’on sera de retour, avec la même équipe évidemment, dans quelques années.

A 6 heures du matin le lendemain, on embarque avec nos amis corses, Vincent et Mélanie, dans la vénérable Nissan de Mohammad qui affiche la bagatelle de 781’000 km au conteur. Après un stop café au milieu de la pampa, il dépose nos copains à l’entrée de Petra. Ciao les amis, on se recroisera, c’est sur !

Mohammad nous amène jusqu’à Little Petra d’où nous voulons marcher jusqu’au site principal. La dernière fois que j’étais venue, il fallait pas mal chercher son chemin, mais alors maintenant c’est du gâteau. Ils ont fait une piste délimitée par des cailloux, plus moyen de se perdre. N’empêche, à part nous deux et un quatre coréens, il n’y a personne pour faire ce magnifique bout de chemin à pieds. Il y a 12 kilomètres jusqu’au Monastère, le temple le plus éloigné de Petra. Tout à coup il y a du monde partout, c’est angoissant … et ça ne va pas en s’améliorant évidemment, plus on se rapproche des sites accessibles.

On ne traine pas trop, notre billet est encore valable le lendemain et on compte bien profiter du site avant que les hordes de bus ne dégueulent leurs flot de touristes. Mission largement accomplie le lendemain, on entre de nuit et découvrant le trésors aux premières lueurs du soleil, en compagnie d’une dizaine de pelés. Trop bien. On passe encore un peu de temps près du Théâtre avant d’aller visiter le musée et de retrouver notre chauffeur qui nous amène à Aqaba.

14-19 novembre – glandouille et plongée à Aqaba

Ça fait 7, respectivement 9 ans que nous n’avons pas plongé. Il fut un temps où c’était une passion dévorante, mais depuis la montagne a pris le dessus et on a laissé tomber. Mais là, c’est pas possible d’être à côté d’une des plus belle mer du monde, la Mer Rouge, sans aller voir ce qui se passe là dessous.

J’ai un peu les boules, je ne sais pas si je vais me rappeler de tout. On fait quelques exercices avec notre instructrice Yvette, une fille adorable qui me met tout de suite à l’aise. Ça se passe bien et on part visiter une première épave. Je vous met pas tous les détails ici, voilà juste quelques photos pour vous donner envie, si ce n’est pas encore fait, d’enfiler cet équipement désagréable pour découvrir les fonds sous-marins (et non, ça n’a rien à voir avec le snorkelling, la sensation est mille fois meilleure) arrêtez de discuter, allez-y !

Voilà, après une dernière soirée à Aqaba en compagnie de nos amis de Monthey, Mathilde et Salvatore, de leur guide et de leurs potes, on embarque en direction de Genève.

Un immense merci à Cédric pour sa gentillesse, sa patience, ses conseils et son coaching. A toute la famille Zalabia pour son accueil, les cours d’arabe, les excellents repas et les fous-rires. A bientôt les amis !

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