Escalade en Jordanie

Lors de mon séjour en Corse avec Claudia l’été passé, Cédric nous avait parlé avec enthousiasme de l’escalade dans le désert du Wadi Rum en Jordanie et l’idée à évidemment fait son petit bout de chemin. Si bien que quand nous nous sommes retrouvés autour d’une pizza à Aigle en avril, nous avons arrêté les dates et pris les billets d’avion !

Samedi 10 novembre

Un vol direct nous dépose à Amman. On passe l’imigration sans encombres et récupérons nos bagages. Nous attendons le vol de Paris par lequel arrive Simon, le client de Manu. Une fois tout ce p’tit monde prêt, nous retrouvons notre chauffeur qui nous emmène dans une banlieue moche où on nous transfert dans le véhicule de Mohammed pour la suite du trajet vers Wadi Rum. On s’arête plusieurs fois, boire un thé ou taper la discussion avec les militaires des check-points. Entre deux j’essaie de dormir pour être en forme le lendemain.

On arrive chez Ali et Allyah à 2 heures du mat, juste le temps de claquer une bise à Cédric et Manu et on file au lit sans demander notre reste.

Dimanche 11 novembre

C’est parti pour notre premier contact avec le rocher du Wadi Rum ! Durant la courte approche, nous apprenons qu’Albert Precht est l’idole du coin, que ce type a ouvert des tas de voies extrêmes, dans du rocher pourri, en solo ou presque, avec deux friends au baudrier. Bon cela ne nous étonnera pas non plus d’apprendre que ce pauvre homme n’est plus de ce monde, et c’est avec plaisir que nous prenons connaissance que notre voie du Jour « Salim Musa » a elle été ouverte par les frères Rémy.

Manu et Simon partent en premier, suivi de Cédric, Claudia et moi. L’escalade est plaisante, on prend vite de la hauteur et on découvre la vue sur le village et les montagnes environnantes. Les longueurs s’enchaînent sans difficultés, on a vraiment du plaisir à être ici et à découvrir un rocher qui n’a rien à voir avec tout ce que nous avions vu jusqu’à présent. La dernière longueur vraiment grimpante est une magnifique cheminée, c’est super chouette. Quelques pas de grimpote et nous nous retrouvons tous les cinq sur notre premier sommet. Nous redescendons un tout petit peu jusqu’à un grand plateau où nous pique-niquons. Concombres, tomates, sardines, thon et hoummous. Un vrai festin.

Nous entamons la descente par la voie bédouine. Nous passons par des dédalles de canyons, de vires et d’épaules, entrecoupés de quelques rappels. Il y a des cairns partout, dans tous les sens, et je me demande bien pour savoir comment font Cédric et Manu pour s’y retrouver. J’hallucine. Claudia et moi on suit comme des moutons, on prends des tas de photos et on écarquille les yeux.

Cette première journée a tenu toutes ces promesses et on revient les yeux pleins d’étoiles chez Ali et Allyah. Autour du repas du soir, nous faisons la connaissance d’un groupe très sympa avec qui nous allons passer la plupart de notre temps libre dans le coin.

Lundi 12 novembre

J’ai un peu cassé les pieds à Cédric pour qu’il nous emmène faire « The Beauty », ce qu’il a finalement accepté même si je comprend entre les lignes que c’est trop dur pour notre petit niveau et qu’il faut qu’on soit prêtes à en chier un peu (un peu beaucoup … peut-être). On part la fleur au fusil, l’approche est déjà géniale, super tordue, mais bon je vais arrêter de parler de l’aspect paumatoire du massif tant c’était une constante durant cette semaine. On arrive au pied de la voie…. Gloups !

C’est beau, c’est raide.

Grâce au Wifi de chez Ali, Wikipédia est venu à ma rescousse et je sais maintenant que Dülfer n’est pas une marque de saucisse allemande. Je regarde Cédric partir dans la voie et je me dit que finalement, ça n’a pas l’air si difficile… Mouai c’est ça ! Règle no 1: ne jamais se fier à l’impression que donne un pro dans une longueur. Claudia s’en sort super bien aussi. A mon tour… C’est nettement moins élégant, soyons francs, mais il faut avouer que la technique est efficace. Je me vautre dans le dernier pas, une petite traversée sur la gauche.

L2 est nettement plus compliquée pour moi, j’y comprend rien. Je ne crois pas avoir beaucoup grimper, Cédric m’a hissé en haut… L3 nickel, L4 pas dure en tirant aux clous (Les deux seuls clous de la voie, idéalement placés) et nous voilà en bas de L5, la fameuse fissure extra large. Cédric dégaine les friends 5 et 6. J’essaie de me concentrer sur les explications sur le coincement de genou qu’il nous donne. Claudia a une technique différente mais qui fonctionne, même si je l’entend souffler fort. Le début est vraiment laborieux, c’est méga dur. Mais plus on monte plus c’est facile, et il y a même quelques micro-endroits pour se reposer. La dernière longueur n’est qu’une formalité.

On fait l’aller-retour au sommet à pieds nus, en faisant la chasse aux plus beaux cailloux, puis redescendons au pieds de la voie par 4 rappels, super bien équipé sur relais chaînés. Amen. Trop beaux ces relais, on n’en a pas vu d’aussi beau tout le reste de la semaine. Je les apprécie à leur juste valeur.

Après une douche, Walid nous amène au camp dans le désert où nous retrouvons nos potes autour d’un apéro puis d’un repas délicieux cuit dans le sable.

Mardi 13 novembre

C’est (déjà) le dernier jour de Simon et Manu et nous profitons pour passer la journée ensemble. Il nous faut une vingtaine de minutes de 4×4 depuis le camp pour rejoindre le départ de la voie « Orange Sunshine » qui devrait nous mener par un chemin détourné à la fameuse Arche de Burda. La voie est vraiment sympa et facile et on se fait vraiment plaisir à grimper sans être au taquet. Il y a environ 10-12 longueurs, très chouettes, avec des relais bien confort comme on aime ! Parfait. On grignote un truc au sommet, puis on fait un rappel pour arriver au sommet de l’arche. Je regarde mes camarades traverser, les prend en photos et je suis tétanisée à l’idée de devoir passer la dessus. C’est tout plein de vide en dessous… non mais quelle horreur. Cédric et Manu s’y mette à deux pour m’aider à traverser. Bon en fait dessus c’est moins pire qu’à côté… Mais je suis quand même contente quand c’est fini.

A part ça l’arche est vraiment démente, c’est super beau. Ensuite on descend par la voie bédouine et comme on a été un peu plus rapides qu’on l’avait imaginé, on a tout le temps de faire la sieste en attendant Ali. On s’installe sous une grosse pierre mais Simon-le-Fakir nous explique l’origine biologique des mouchiers et nous empêche de fermer l’œil.

Mercredi 14 novembre

Départ pour une bonne demie-heure de 4×4, jusqu’à quelques encablures de la frontière saoudienne. Une cordée de norvégiens est déjà dans la voie quand nous arrivons. L’itinéraire s’appelle The Haj: c’est beau, mais beau. On est un peu impressionnées, mais en même temps on a hâte d’y être et de voir à quoi ça ressemble. Après deux petites longueurs faciles sur le socle, on attaque les choses sérieuses: Une toute belle longueur, un peu dur mais pas trop, nous mêne au relai le plus inconfortable du séjour. Comment ça on est pénibles ? Pourtant, Cédric se donnera une peine folle pour nous installer au mieux, Claudia coincée dans un trou avec un quart de fesse sur un caillou et moi bouchant le trou. Pour la longueur suivante, Céd m’explique que je vais devoir attacher mon sac à mon baudrier avec une sangle. Non mais ça va pas… je vais risquer de perdre mon sac quand même..

Quand vient mon tour je me rend bien compte que je n’ai pas le choix, la technique consistant à mettre les pieds d’un coté de la cheminée et le dos de l’autre. Finalement j’ai adoré le passage, j’adore la voie, c’est trop bien. Une telle verticalité dans un niveau aussi facile, c’est du jamais vu ailleurs. Sérieux.

Les deux longueurs suivantes sont toujours magnifiques, j’ai arrêté de regarder Cédric grimper parce que le voir à plus de 15 mètres du relai sans avoir pu mettre la moindre protection me rend folle. De toutes façons il est tellement stable sur ses appuis, tellement sur dans ses mouvements qu’il n’a pas besoin qu’une bobette dans mon genre s’inquiète pour lui.

Après ces belles longueurs, on fait quelques pas dans des blocs, puis une traversée ascendante dans une espèce de fissure qui me fait penser au Miroir de l’Argentine et une dernière longueur pour sortir sur un espèce d’éperon. Pour être sur d’être au rendez-vous avec Ali, nous shuntons le sommet, mais ce n’était pas là l’essentiel de notre journée. Nous descendons par une voie bédouine bien tordue. Le dernier rappel se fait dans une grotte, trop génial.

Durant la nuit je me fait réveiller en sursaut par la pluie: j’ai laissé mes godasses dehors !

Jeudi 15 novembre

Au petit matin la pluie a cessé, mais il fait couvert et tout est détrempé. On décide à l’unanimité de prendre une journée off et de filer au bord de la Mer Rouge à Aqaba. Après une bonne heure de route, nous voilà les doigts de pieds dans le sable. Hervé et Dana, des Valaisans rencontrés chez Ali nous rejoignent et nous passons une chouette journée tous les 5. Le récif est très beau, à quelques encablures du bord. Je reviendrai pour y plonger, c’est sûr.

Vendredi 16 novembre

Dernier jour de grimpe, déjà ! Ca passe trop vite ! On part à pieds du village jusqu’à la voie Rum Doodle. Le rocher a bien séché en apparence, mais l’humidité l’a rendu encore plus fragile à l’accoutumée. Pour Cédric et Claudia ça se passe plutôt pas mal, mais moi avec mon style bulldozer, je pète toutes les prises sur lesquelles je pose le pied. Bon ok j’exagère à peine, mais après avoir cassé quelques prises dont une énorme, je n’ose plus mettre de poids sur mes pieds et donc ça va nettement moins bien pour grimper. Après quelques longueurs je reprends un peu confiance et ça va mieux.

La descente se fait en rappel dans la voie et les possibilités de coincer la corde sont nombreuses, mais Céd s’en sort comme un chef. Il dit qu’il a eu de la chance, mais moi je trouve que c’est du talent !

On redescend au village et c’est déjà l’heure de dire au revoir à Cédric qui a son vol au milieu de la nuit au départ d’Amman. Claudia et moi passons encore la nuit chez Ali.

Samedi et Dimanche 17-18 novembre

Mohammed vient nous chercher avec Rémi et Aña pour nous conduire à Petra. Nous lui demandons de nous amener à Little Petra. Rémi a repéré un itinéraire à pieds qui nous mène à Petra par des chemins de traverse. C’est magnifique, sauvage, y a pas un chat. On arrive au monastère (Al Deir) par derrière et on retrouve les autres visiteurs.

Comment décrire Petra ? Ni les mots, ni les photos, ne rendent justice à ce site grandiose et magique. Considérée comme une des 7 merveilles du monde moderne, Petra nous fait voyager dans le temps et dans l’espace.

Rémi, jamais à court d’idées, nous propose de grimper pour voir le Trésor (Al-Kazneh) du haut. On essaie ensuite de rejoindre l’entrée par les hauts, ce que nous arriverons à faire juste avant la tombée de la nuit. Après 18 km de balade dans le désert, on savoure la douche et un bon repas avant une nuit réparatrice. Le lendemain, on se lève aux aurores pour retourner sur le site avant la foule. A 6 heures nous descendons le Siq, il n’y a presque personne. Le Trésor se dévoile dans la belle lumière du matin, c’est de toute beauté.

Lundi – Mercredi 19-21 novembre

Nous récupérons notre voiture de location et filons en direction de Dana, un joli village aux portes de la réserve éponyme. Une petite halte bienvenue sur la route de la Mer Morte, que nous atteignons quelques heures plus tard.

A -400m, il fait nettement plus chaud. Heureusement, la petite auberge que nous avons réservée possède quelques piscines pour se rafraîchir ainsi que d’un accès à la mer salée. On se marre bien à se badigeonner de boue et à flotter dans les eaux amères et huileuses.

On passe deux jours mega tranquilles à ne rien faire, si ce n’est lire, manger et nager. On s’est même offert un massage au spa, j’en ai encore des courbatures.

La Jordanie – quelques conseils en vrac

  • Les voies d’escalade ne sont pas faciles à trouver, la recherche d’itinéraire est constante et l’équipement quasiment inexistant. Pour moi et mon niveau pourri, ce serait inenvisageable d’y aller sans guide.
  • Les soirées autour du feu sont magiques, mais prévoir des habits pas dommages. Après une semaine, tout pue la fumée.
  • J’avais pris un sac de couchage confort +2°. J’ai crevé de chaud toutes les nuits.
  • C’est très facile de trouver des voitures avec chauffeurs et pas si cher, surtout si on partage les trajets avec d’autres voyageurs
  • Petra: la plupart des groupes arrive vers 8 heures et ne va pas plus loin que l’allée aux colonnades. En tout début de journée et sur les sites éloignés, on est assez tranquille.
  • Les hôtels de luxe au bord de la Mer Morte sont bons marché pour le standing proposé. Vu le nombre, la concurrence doit y être pour quelque chose. C’est un bon plan pour se reposer quelques jours.

2 réflexions sur “Escalade en Jordanie

  1. Merci pour ces partages et cette écriture vivante qui nous emmène à chaque fois avec toi dans tes périples! Je t embrasse fort!

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